Les douze signes

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Quatre matières croisées avec trois façons de bouger donnent exactement douze combinaisons. Que décrit un signe, au juste ?

L'expérience est commune, et elle devrait alerter davantage.

Quelqu'un lit la description de son signe et n'y reconnaît à peu près rien. Il lit celle du signe voisin, par curiosité, et s'y retrouve entièrement. Il en conclut d'ordinaire qu'il fait exception, ou que l'astrologie ne vaut rien.

Une troisième explication existe : ce qu'il vient de lire était un portrait, et un signe ne décrit personne.

Ce qu'un signe qualifie

Un signe seul ne dit rien, pour une raison de grammaire.

Il fonctionne comme un adverbe. Il qualifie toujours quelque chose d'autre : une planète qui s'y trouve, un axe qui le traverse. Mars en Taureau décrit une manière de vouloir, Vénus en Taureau une manière de se lier. Le Taureau ne décrit ni l'une ni l'autre à lui seul, et surtout pas la personne entière.

Les descriptions de magazine escamotent cette grammaire. Elles prennent le signe où se trouve le Soleil, en font un caractère complet, et l'appliquent à un douzième de la population. Le résultat ressemble à un portrait, ce qui explique qu'on puisse ne pas s'y reconnaître : c'en est un, dressé sans regarder personne.

Ce qu'un signe indique, c'est une manière. La matière dans laquelle quelque chose se joue, et le moment du cycle où cela se joue.

Quatre matières

Les douze signes se répartissent en quatre éléments, trois par élément. Un élément désigne le terrain sur lequel une chose se produit.

Le feu est le terrain de l'élan et de l'affirmation, ce qui part avant d'avoir vérifié.

La terre est celui du concret et de la durée, ce qui se mesure, se construit et se garde.

L'air est celui de la relation et de la mise en forme, ce qui circule entre les choses plutôt que dans les choses.

L'eau est celui de ce qui affecte, du souvenir et du lien profond, ce qui se sait sans se formuler.

Ces quatre terrains sont des façons d'aborder n'importe quelle situation. Une même décision se prend en feu par un mouvement, en terre par une évaluation, en air par une conversation, en eau par une impression.

Trois temps

Les mêmes douze signes se répartissent aussi en trois modalités, quatre par modalité. Une modalité indique le moment du cycle.

Le cardinal ouvre. Il correspond aux quatre entrées de saison, il lance, il prend l'initiative et se désintéresse assez vite de ce qu'il a lancé.

Le fixe installe. Il correspond au cœur de la saison, il tient, il approfondit, et il déteste changer de direction.

Le mutable transforme. Il correspond à la fin de saison, il ajuste, il relie une chose à la suivante, et il supporte mal de rester en place.

Trois manières d'être dans le temps : commencer, maintenir, transformer.

Le croisement

Quatre matières multipliées par trois temps donnent douze combinaisons, et chaque combinaison n'existe qu'une fois. C'est ce croisement qui définit un signe, et rien d'autre.

En feu. Le Bélier ouvre l'élan et pose la question de ce qui part le premier. Le Lion installe l'élan et demande ce qui, ici, tient à être vu. Le Sagittaire transforme l'élan et cherche où celui-ci veut aller.

En terre. Le Capricorne ouvre le concret et demande ce qui mérite d'être construit. Le Taureau installe le concret et demande ce qui vaut d'être gardé. La Vierge transforme le concret et cherche ce qui demande à être ajusté.

En air. La Balance ouvre la relation et demande à quelles conditions un accord tient. Le Verseau installe la relation et demande ce qui vaut pour l'ensemble. Les Gémeaux transforment la relation et cherchent ce qui circule entre deux choses éloignées.

En eau. Le Cancer ouvre l'attachement et demande ce qui mérite d'être abrité. Le Scorpion installe l'attachement et cherche ce qui se joue sous la surface. Les Poissons transforment l'attachement et demandent où les contours se défont.

Douze intersections, chacune unique, et aucune ne décrit un caractère.

Ce que les clichés retiennent

Les raccourcis de magazine gardent une part de ce système, ce qui explique leur ténacité.

« La Vierge est ordonnée » conserve la terre et la modalité mutable, c'est-à-dire l'ajustement du concret, puis les transforme en trait de personnalité. L'ajustement devient le rangement, et la question devient un verdict. Le mouvement se perd, la matière reste.

Le même appauvrissement joue partout. Le Scorpion s'installe dans l'attachement et devient mystérieux, le Bélier ouvre l'élan et devient impulsif. Un cliché est une manière figée en caractère.

Ce que le signe laisse indéterminé

Un signe indique un terrain et un temps. Il ne dit ni ce qui se joue, ni où, ni pour qui.

Ce qui se joue vient de la planète : vouloir, se lier, comprendre, tenir. Le lieu vient de la maison : le travail, le foyer, les amitiés. Un signe sans planète décrit une manière dont personne ne se sert.

Douze signes multipliés par dix planètes multipliés par douze maisons dépassent largement ce qu'un portrait peut porter. C'est précisément ce que le portrait de magazine évacue pour tenir en un paragraphe.

Un signe se lit toujours comme un adverbe. Quelqu'un qui cherche le verbe regarde ailleurs.


augures.me